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ZENIT "Pravritti" (2001)
Origine : Suisse.
Label : Autoproduction.

Après l'aventure Clepsydra, Andy Thommen (bassiste de son état) nous revient avec son nouveau groupe Zenit. Et il ne faut chercher aucune similitude entre les deux formations, ici c'est le claviériste Ivo Bernasconi qui est aux commandes. Ce musicien est l'âme du groupe, il en est l'instigateur, le principal compositeur. Autour de lui, on trouve, outre Andy Thommen, Luigi Pedruzzi à la batterie, Frank Di Sessa guitariste et Lorenzo Sonognini au chant. Sur ce premier album, la musique est enjouée, festive, chaleureuse. Elle respire la joie, le plaisir de jouer. Il y a un côté latin qui transparaît dans le ton général. 9 titres composent ce "Pravritti". 9 titres où vont alterner textes en anglais et italien. L'album démarre par "Placebo" un instrumental sur lequel vont être mises en valeur les qualités de Frank Di Sessa. Ce guitariste possède un jeu époustouflant, un jeu spontané propre à certains musiciens de jazz rock capables d'improviser sans sombrer dans le démonstratif tape à l'œil. Sa technique, il la met au service de la musique sans l'étouffer. Le plus bel exemple, on l'obtient sur, ce qui est à mon humble avis, le meilleur titre de l'album "Le onde des tempo". Le solo de guitare y est splendide. Quant aux claviers d'Ivo Bernasconi, ils emplissent l'espace sonore, ils sont fluides et savent se faire discrets quand c'est nécessaire. D'une manière générale, le propos est volontairement énergique afin de trancher avec le prog mélancolique comme nous l'explique Andy dans l'interview. Il est vrai que l'on ne s'ennuie pas une minute comme dans ce "Quello" sautillant. Et c'est sur des sonorités de clavecin que la voix féminine de Diana Bernasconi apporte charme et délicatesse le temps d'un morceau ("Il cavaliere rosso"). Autre titre marquant, "Fragile" (co-écrit par Andy). Celui-ci démarre doucement pour monter en puissance et finir en apothéose. Il y a dans cette composition une note, une touche qui me rappelle Genesis. L'album se conclut sur "Pravritti". Et du haut de ses 14 minutes, ce titre, passionnant, confirme le talent de ses auteurs. Globalement, il résulte de ce disque un plaisir communicatif…la réussite est vraiment au rendez vous ! (Extrait de chronique)
Denis (Koid'9 n°37)



Interview ZENIT:

(Interview réalisée pour le KOID'9 en Avril 2001)

ZENIT
ANDY THOMMEN Live

 

Denis > Andy, peux-tu nous dire quand et comment est né Zenit ? Et pourquoi avoir quitté Clepsydra apres l'album "Fear" ?

Andy Thommen > En 1995, Clepsydra a fait une tournée (pour "More grains of sand") en Suisse, Allemagne, France et Espagne. Phil et Pietro étaient remplacés par Ivo aux claviers et Gigio à la batterie pour l'occasion. On s'est vraiment amusé, beaucoup plus qu'avec la formation originale de Clepsydra. Depuis cette occasion, on s'était fait la promesse de faire quelque chose ensemble un jour ou l'autre. Déjà durant cette tournée, on avait touché au grand répertoire des compositions de Ivo et joué "quello".
Pour Lele Hofmann c'était la conclusion de son aventure avec Clepsydra. J'avais décidé de survivre au changement de guitariste, mais ça s'est révélé beaucoup plus difficile que prévu. C'est absolument pas la faute de Marco Cerulli qui est un excellent musicien, mais la magie Clepsydra s'en était allée... Pendant les enregistrements et surtout le mixage il n'y avait plus rien qui nous liait. On était en désaccord sur presque tout. La seule chose qui me motivait c'était la prévision de la tournée (j'aime trop être sur scène...), mais même sur les concerts on était d'accord sur rien, de la set list jusqu'à l'utilisation d'un ordinateur sur scène. J'avais commencé à jouer avec Ivo et Gigio quand j'étais encore dans Clepsydra, mais le plaisir de jouer avec Zenit m'avait ouvert les yeux: on peut aussi faire de la musique sans discuter tout le temps, c'était l'heure de conclure le chapitre Clepsydra.

Denis > Que signifie "Pravritti" ?

Andy Thommen > C'est un mot en sanskrit (langue culturelle de l'Inde classique, et plus particulièrement, langue des écrits sacrés de l'hindouisme) qui veut dire "vie active dans le monde", c'est l'idéal du brahmanisme classique. Selon le seul dictionnaire français que j'ai trouvé "sanscrit" signifie "tour, révolution, fait de rouler, mouvement en avant, impulsion, progrès, évolution, manifestation origine, source activité, effort... personnification de l'activité mentale". Il y a différentes explications, mais c'est simplement pour signifier que tu dois agir dans le monde pour évoluer, si tu ne fais rien, tu n'évolues pas! L'album s'appelle Pravritti parce que c'était le nom d'un des nombreux groupes de Ivo dans les années 80. Quand on a cherché un nom pour nous, on a hésité entre Zenit et Pravritti... le premier est devenu le nom du groupe, l'autre celui de l'album.

Denis > Vous avez fait le choix de l'auto-production pour ce disque, pourquoi ?

Andy Thommen > Il faut toujours commencer humblement... en plus le projet est assez bizarre, je me réfère au choix des langues, et on ne voulait pas devoir faire de compromis.

Denis > Présente-nous les musiciens qui composent le groupe.

Andy Thommen > Je commence par Ivo: cela fait déjà une vingtaine d'années qu'il fait de la musique. Il a joué dans un groupe de jazz rock qui a connu un certain succès chez nous. Après ça, il a toujours travaillé avec des groupes locaux en écrivant beaucoup de matériel, mais il n'a jamais eu la chance d'arriver à faire un album avant celui-ci. Ivo a une grande expérience des concerts et il a encore des dizaines de "demo-tapes" avec du matériel inédit, parmi lesquels une œuvre rock d'environ une demi-heure et une autre pièce de plus d'un quart d'heure, qui sont déjà candidates pour notre prochain album.
Frank est un des guitaristes qui a déjà joué avec Ivo il y a plusieurs années. Il joue aussi dans une formation italienne de fusion et il a une très grande expérience des concerts et des "cover bands" [NDT: Groupes qui jouent des reprises]. Frank est vraiment "LE" guitariste idéal pour les concerts !
Lorenzo avait commencé dans des groupes suisses comme guitariste, mais il est passé au chant en étudiant et en chantant dans la chorale de Locarno. En concert avec Zenit, il tiendra aussi la deuxième guitare. Lorenzo aime beaucoup l'improvisation vocale, c'est pour ça que dans les arrangements pour la scène nous lui donnons beaucoup d'espace pour "jouer" avec la voix.
Gigio est à l'origine un bassiste (!) qui avait commencé avec des formations qui faisaient des "cover" de hard rock dans des festivals locaux. Après, il s'est mis à la batterie et ses premiers pas, il les a fait avec Changes, le groupe ou Scandy (qui officie maintenant avec Shakary) jouait de la basse.

Denis > Gigio, tu as été impliqué dans l'aventure "Alya" de Shakary, peux-tu nous dire précisément quel a été ton rôle et quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?

Gigio Pedruzzi > Pendant la pré-production, j'ai programmé la batterie-guide comme base pour les arrangements sur lesquels Lele Hofmann et Scandy ont enregistré la plupart des instruments. Walter Calloni (ex-PFM) a enregistré après sa version des parties de batterie.

Denis > Andy, ta collaboration se limite à 2 titres alors que chez Clepsydra tu étais à l'origine de tous les textes, aurais-tu perdu le goût pour l'écriture ?

Andy Thommen > Non, absolument pas ! Presque tout l'album est tiré du matériel que nous avons choisi parmi les démos de Ivo. J'ai écris les textes pour deux des trois titres qui n'en avaient pas encore, l'autre a été écrit par Lorenzo. On ne voulait pas changer l'âme de certains morceaux que nous avions écoutés dans des concerts, comme spectateurs, quand Ivo jouait avec ses précédentes formations. Je pense que c'était aussi une question de respect envers le travail de Ivo.

Denis > Pourquoi avoir choisi l'alternance de textes italien et anglais ?

Andy Thommen > Ivo a toujours écrit des textes en italien, tandis que Lorenzo et moi écrivons en anglais. On avait fait un essai de traduction des textes en anglais, Ivo était d'accord, mais les morceaux perdaient leurs âmes... Le prochain album sera de toute probabilité tout en anglais, mais pour "Pravritti", c'était aussi un défi, faire quelque chose de risqué, un peu comme la vieille PFM...

Denis > Ivo Bernasconi signe la majeure partie des compositions, comment travaillez-vous ? Sur un mode démocratique ou bien Ivo arrive t'il avec des morceaux déjà écrits ?

Andy Thommen > Ce n'est pas Ivo qui arrive avec des morceaux déjà écrits, mais c'est nous qui choisissons les morceaux dans le répertoire d'Ivo. Puis les arrangements, quelquefois, bouleversent le morceau original, mais pour nous la composition de base reste de Ivo. Nous avons déjà créé quelques idées de manière "démocratique" comme tu dis, mais pendant les pauses des prises il nous arrive toujours de siffler un certain thème... un thème d'une composition de Ivo, ce qui nous fait dire "mais pourquoi ne pas travailler sur ce truc...?". Je trouve que Ivo a une façon d'écrire des thèmes qui restent vraiment; en plus ses thèmes sont toujours très vivaces et de bonne humeur, ce qui est assez difficile dans le progressif, le risque étant très grand de retomber dans les clichés du progressif : la mélancolie et la tristesse.

Denis > Votre musique s'inscrit dans la tradition du prog italien, quelles sont, d'une manière générale, vos influences ?

Andy Thommen > Je pense qu'aucun de nous est vraiment un vrai fan de progressif italien. Il faut avouer que, vivant à cinq kilomètres de l'Italie, on peut imaginer qu'il y a quand même quelque chose..., mais si je fais un rapide tour des influences de tous les membres de Zenit, je te cite: Demetrio Stratos (Area), Bobby McFerrin, Sainkho Namtchylak, Steve Reich, The Beatles, Pat Metheny, Frank Gambale, Steve Lukather, Larry Carlton, E.L.P., Genesis, Jan Hammer, Pink Floyd, Full Circle, Richie Blackmore, Neil Peart, Vinnie Colaiuta, Yes, Marillion, et certainement... Spock's Beard !

Denis > Quel regard portes-tu sur le monde du progressif aujourd'hui ?

Andy Thommen > Comme je l'ai dit, personnellement je suis un peu fatigué de toute cette mélancolie et tristesse du néo-progressif symphonique. J'aime la nouvelle vivacité portée par Spock's Beard. J'ai vu qu'il y avait beaucoup de choses assez nouvelles sur le marché... RPWL par exemple, qui par moment sonne un peu trop Pink Floyd, est génial, les trucs comme Porcupine Tree, que j'aimerais définir comme "progressive-grunge"... j'aime beaucoup ça. Je pense que le monde du progressif est en train de chercher une nouvelle voie qui est encore à découvrir.

Denis > Zenit est un nouveau départ, avez-vous des projets de concert ?

Andy Thommen > Certainement. C'est un peu difficile avec un nouveau nom de sortir directement et couvrir toute l'Europe, mais nous sommes en train de préparer un show d'environ une heure et demie avec du matériel nouveau, comme ça nous pourrons participer comme "special guests" et aussi comme tête d'affiche quelque fois j'espère ! On est prêt pour toutes les offres !


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