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Denis
> Andy, peux-tu nous dire quand et comment est né
Zenit ? Et pourquoi avoir quitté Clepsydra apres l'album
"Fear" ?
Andy Thommen > En 1995, Clepsydra a fait une tournée
(pour "More grains of sand") en Suisse, Allemagne,
France et Espagne. Phil et Pietro étaient remplacés
par Ivo aux claviers et Gigio à la batterie pour l'occasion.
On s'est vraiment amusé, beaucoup plus qu'avec la formation
originale de Clepsydra. Depuis cette occasion, on s'était
fait la promesse de faire quelque chose ensemble un jour ou
l'autre. Déjà durant cette tournée, on
avait touché au grand répertoire des compositions
de Ivo et joué "quello".
Pour Lele Hofmann c'était la conclusion de son aventure
avec Clepsydra. J'avais décidé de survivre au
changement de guitariste, mais ça s'est révélé
beaucoup plus difficile que prévu. C'est absolument
pas la faute de Marco Cerulli qui est un excellent musicien,
mais la magie Clepsydra s'en était allée...
Pendant les enregistrements et surtout le mixage il n'y avait
plus rien qui nous liait. On était en désaccord
sur presque tout. La seule chose qui me motivait c'était
la prévision de la tournée (j'aime trop être
sur scène...), mais même sur les concerts on
était d'accord sur rien, de la set list jusqu'à
l'utilisation d'un ordinateur sur scène. J'avais commencé
à jouer avec Ivo et Gigio quand j'étais encore
dans Clepsydra, mais le plaisir de jouer avec Zenit m'avait
ouvert les yeux: on peut aussi faire de la musique sans discuter
tout le temps, c'était l'heure de conclure le chapitre
Clepsydra.
Denis
> Que signifie "Pravritti" ?
Andy Thommen > C'est un mot en sanskrit (langue
culturelle de l'Inde classique, et plus particulièrement,
langue des écrits sacrés de l'hindouisme) qui
veut dire "vie active dans le monde", c'est l'idéal
du brahmanisme classique. Selon le seul dictionnaire français
que j'ai trouvé "sanscrit" signifie "tour,
révolution, fait de rouler, mouvement en avant, impulsion,
progrès, évolution, manifestation origine, source
activité, effort... personnification de l'activité
mentale". Il y a différentes explications, mais
c'est simplement pour signifier que tu dois agir dans le monde
pour évoluer, si tu ne fais rien, tu n'évolues
pas! L'album s'appelle Pravritti parce que c'était
le nom d'un des nombreux groupes de Ivo dans les années
80. Quand on a cherché un nom pour nous, on a hésité
entre Zenit et Pravritti... le premier est devenu le nom du
groupe, l'autre celui de l'album.
Denis
> Vous avez fait le choix de l'auto-production pour
ce disque, pourquoi ?
Andy Thommen > Il faut toujours commencer humblement...
en plus le projet est assez bizarre, je me réfère
au choix des langues, et on ne voulait pas devoir faire de
compromis.
Denis
> Présente-nous les musiciens qui composent le
groupe.
Andy Thommen > Je commence par Ivo: cela fait déjà
une vingtaine d'années qu'il fait de la musique. Il
a joué dans un groupe de jazz rock qui a connu un certain
succès chez nous. Après ça, il a toujours
travaillé avec des groupes locaux en écrivant
beaucoup de matériel, mais il n'a jamais eu la chance
d'arriver à faire un album avant celui-ci. Ivo a une
grande expérience des concerts et il a encore des dizaines
de "demo-tapes" avec du matériel inédit,
parmi lesquels une uvre rock d'environ une demi-heure
et une autre pièce de plus d'un quart d'heure, qui
sont déjà candidates pour notre prochain album.
Frank est un des guitaristes qui a déjà joué
avec Ivo il y a plusieurs années. Il joue aussi dans
une formation italienne de fusion et il a une très
grande expérience des concerts et des "cover bands"
[NDT: Groupes qui jouent des reprises]. Frank est vraiment
"LE" guitariste idéal pour les concerts !
Lorenzo avait commencé dans des groupes suisses comme
guitariste, mais il est passé au chant en étudiant
et en chantant dans la chorale de Locarno. En concert avec
Zenit, il tiendra aussi la deuxième guitare. Lorenzo
aime beaucoup l'improvisation vocale, c'est pour ça
que dans les arrangements pour la scène nous lui donnons
beaucoup d'espace pour "jouer" avec la voix.
Gigio est à l'origine un bassiste (!) qui avait commencé
avec des formations qui faisaient des "cover" de
hard rock dans des festivals locaux. Après, il s'est
mis à la batterie et ses premiers pas, il les a fait
avec Changes, le groupe ou Scandy (qui officie maintenant
avec Shakary) jouait de la basse.
Denis
> Gigio, tu as été impliqué dans
l'aventure "Alya" de Shakary, peux-tu nous dire
précisément quel a été ton rôle
et quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?
Gigio Pedruzzi > Pendant la pré-production,
j'ai programmé la batterie-guide comme base pour les
arrangements sur lesquels Lele Hofmann et Scandy ont enregistré
la plupart des instruments. Walter Calloni (ex-PFM) a enregistré
après sa version des parties de batterie.
Denis
> Andy, ta collaboration se limite à 2 titres
alors que chez Clepsydra tu étais à l'origine
de tous les textes, aurais-tu perdu le goût pour l'écriture
?
Andy Thommen > Non, absolument pas ! Presque tout
l'album est tiré du matériel que nous avons
choisi parmi les démos de Ivo. J'ai écris les
textes pour deux des trois titres qui n'en avaient pas encore,
l'autre a été écrit par Lorenzo. On ne
voulait pas changer l'âme de certains morceaux que nous
avions écoutés dans des concerts, comme spectateurs,
quand Ivo jouait avec ses précédentes formations.
Je pense que c'était aussi une question de respect
envers le travail de Ivo.
Denis
> Pourquoi avoir choisi l'alternance de textes italien
et anglais ?
Andy Thommen > Ivo a toujours écrit des textes
en italien, tandis que Lorenzo et moi écrivons en anglais.
On avait fait un essai de traduction des textes en anglais,
Ivo était d'accord, mais les morceaux perdaient leurs
âmes... Le prochain album sera de toute probabilité
tout en anglais, mais pour "Pravritti", c'était
aussi un défi, faire quelque chose de risqué,
un peu comme la vieille PFM...
Denis
> Ivo Bernasconi signe la majeure partie des compositions,
comment travaillez-vous ? Sur un mode démocratique
ou bien Ivo arrive t'il avec des morceaux déjà
écrits ?
Andy Thommen > Ce n'est pas Ivo qui arrive avec
des morceaux déjà écrits, mais c'est
nous qui choisissons les morceaux dans le répertoire
d'Ivo. Puis les arrangements, quelquefois, bouleversent le
morceau original, mais pour nous la composition de base reste
de Ivo. Nous avons déjà créé quelques
idées de manière "démocratique"
comme tu dis, mais pendant les pauses des prises il nous arrive
toujours de siffler un certain thème... un thème
d'une composition de Ivo, ce qui nous fait dire "mais
pourquoi ne pas travailler sur ce truc...?". Je trouve
que Ivo a une façon d'écrire des thèmes
qui restent vraiment; en plus ses thèmes sont toujours
très vivaces et de bonne humeur, ce qui est assez difficile
dans le progressif, le risque étant très grand
de retomber dans les clichés du progressif : la mélancolie
et la tristesse.
Denis
> Votre musique s'inscrit dans la tradition du prog
italien, quelles sont, d'une manière générale,
vos influences ?
Andy Thommen > Je pense qu'aucun de nous est vraiment
un vrai fan de progressif italien. Il faut avouer que, vivant
à cinq kilomètres de l'Italie, on peut imaginer
qu'il y a quand même quelque chose..., mais si je fais
un rapide tour des influences de tous les membres de Zenit,
je te cite: Demetrio Stratos (Area), Bobby McFerrin, Sainkho
Namtchylak, Steve Reich, The Beatles, Pat Metheny, Frank Gambale,
Steve Lukather, Larry Carlton, E.L.P., Genesis, Jan Hammer,
Pink Floyd, Full Circle, Richie Blackmore, Neil Peart, Vinnie
Colaiuta, Yes, Marillion, et certainement... Spock's Beard
!
Denis
> Quel regard portes-tu sur le monde du progressif aujourd'hui
?
Andy Thommen > Comme je l'ai dit, personnellement
je suis un peu fatigué de toute cette mélancolie
et tristesse du néo-progressif symphonique. J'aime
la nouvelle vivacité portée par Spock's Beard.
J'ai vu qu'il y avait beaucoup de choses assez nouvelles sur
le marché... RPWL par exemple, qui par moment sonne
un peu trop Pink Floyd, est génial, les trucs comme
Porcupine Tree, que j'aimerais définir comme "progressive-grunge"...
j'aime beaucoup ça. Je pense que le monde du progressif
est en train de chercher une nouvelle voie qui est encore
à découvrir.
Denis
> Zenit est un nouveau départ, avez-vous des
projets de concert ?
Andy Thommen > Certainement. C'est un peu difficile
avec un nouveau nom de sortir directement et couvrir toute
l'Europe, mais nous sommes en train de préparer un
show d'environ une heure et demie avec du matériel
nouveau, comme ça nous pourrons participer comme "special
guests" et aussi comme tête d'affiche quelque fois
j'espère ! On est prêt pour toutes les offres
!
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