On pourrait se représenter l'univers de Onze h30 comme celui d'un vieux quartier de banlieue, à moitié oublié, qui rêve et reconstruit son univers et ses personnages dans un univers parallèle onirique et fantaisiste... Déjanté et poétique, joyeux et écorché, moderne et rétro, discret et corrosif, Onze h30 est une somme de contrastes qui se donnent la main le temps d'une valse endiablée !
L'accordéon entonne des mélodies douces-amères à la Yann Tiersen, la trompette tisse des ambiances acid-jazz, la guitare impose une ambiance typiquement rock, les arrangements electro vaquent au gré de la malice... Les boîtes à rythmes invitent parfois la batterie à marteler des beats indus à la Nine Inch Nails... Onze h30, c'est l'éclectisme au service de l'imaginaire !
Habile mélange de chanson française et de rock/indé anglophone, ce premier album est une réussite ! On notera notamment la présence d'un Johan Guillon (Ezekiel) aux bidouillages électroniques de "Le Paillasse", ainsi qu'une reprise "L'enfant Maquillé" (morceau co-écrit par Charles Aznavour).
Si ce premier opus, par sa richesse et son originalité, révèle le grand potentiel du groupe, il est aussi un peu inégal et si certains morceaux sont soit des tubes fracassants ("Parjure") soit des pièces atmosphériques envoûtantes ("Le Paillasse"), certains passeront un peu plus inaperçus... De la même façon, si l'ensemble est réglé comme une horloge suisse, par moments, on assiste aussi à quelques relâchements pas toujours maîtrisés qui partent un peu en cafouillage sonore, à vouloir trop en faire, et où la propre énergie du groupe se retourne du coup contre lui...
Ce qui ne change pourtant pas le constat général sur cet album qui reste excellent, parvenant à trouver un équilibre stable entre toutes ses influences (pourtant variées et pas forcément aisées à marier), lui ouvrant les portes d'un public assez large. Que l'on soit fan d'electro, de chanson française, de rock ou de jazz ambiant, tout le monde devrait parvenir à trouver son compte dans "Onze h30" car rares sont les moments où l'un ou de ces genres jure avec les autres.
Les textes déjantés se réclament l'influence des Rita Mitsouko, mais ne constituent pas le point central de la musique du groupe. Le message qu'ils font passer au sein même d'un morceau, "Les chanteurs à textes en oublient le reste", étant que pour eux, dans la musique, l'important n'est pas le discours mais... la musique ! Or, si les textes ne font pas nécessairement preuve d'une une profondeur insondable, ils s'avèrent très mélodiques et davantage travaillés sur leur sonorité musicale que sur leur sens.
Cohabitation réussie entre les styles, Onze h30 est une sorte d'auberge espagnole musicale à découvrir d'urgence et dont les débuts rendent très, très impatients concernant l'avenir du quintette français ! Une invitation au rêve éveillé qu'il serait dommage de refuser. (8/10)
Vivien