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MIRRORTHRONE "Carriers of Dust" (2006)
Origine : Suisse.
Label :
Red Stream Records.
Après un "Of Wind and Weeping" de qualité, Mirrorthrone revient sur le devant de la scène avec un nouveau joyau intitulé "Carriers of Dust". Oh my fu**ing God ! Dès les premières notes de "A Scream To Express A Hate of A Race", on se prend une claque aussi puissante que monumentale… et le choc ne fait qu’amplifier au fil des minutes. Le son est colossal, les enchaînements nous collent au plafond, les mélodies sont d’une rare accroche et les claviers nous pondent des sonorités d’un autre temps. Tous ces éléments s’emboîtent pour former un black virtuose aux singularités uniques. Un travail exceptionnel a été fait au niveau du chant (tantôt hurlé, tantôt clair), des lyrics (harmonieux et intelligents) et de la batterie (absolument irréprochable, les détracteurs du précédent opus ne vont pas en croire leurs oreilles). Ce déluge de violence moderne et de mélodies baroques nous emporte dans un paysage orchestral dans lequel beauté et rage s’entrechoquent. L’intérêt et la durée de vie du skeud sont sans borne : les quatre longs titres arrivent à ce renouveler avec une habilité et une aisance exemplaires. Les atmosphères sont originales, passant d’un sombre pesant à une somptuosité éclatante. Amateurs du genre, vous vous trouvez en face d’une perle. Ce tour de force est réalisé par Vladimir qui combine à lui seul la puissance de feu de cinq musiciens talentueux et inspirés. La chrysalide s’est transformée en un papillon funèbre aux ailes tachetées de sang. Plus qu’un excellent album, "Carriers of Dust" est d’hors et déjà une référence. (9,5/10)
Christophe

SORTIE : 10-04-06



Interview de Vladimir (Mirrorthrone) :

(Interview réalisée en avril 2006 par Christophe)

Peux-tu présenter Mirrothrone au lecteur de cette interview qui découvre à l’instant même l’existence du groupe ?

Dans les très grands traits : j’ai commencé à travailler sur des morceaux plus symphoniques autour de 2000, mais de manière tout à fait informelle. J’ai fini par y prendre goût, ce qui m’a amené à enregistrer deux démos, puis à sortir un premier album nommé "Of Wind and Weeping" sur Red Stream en 2003. "Carriers of Dust" est le dernier album en date et sort maintenant, toujours chez Red Stream.

Quelles sont tes principales influences musicales ?

C’est toujours une question à laquelle il m’est difficile de répondre. Logiquement, ça devrait venir de groupes Metal comme Emperor ou Abigor, car je les affectionne tout particulièrement. Mais je pense que je puise mes ressources bien au-delà de la simple scène metal qui a tendance à souffrir d’une certaine sclérose. On peut rester dans des environnements relativement proches comme dans le rock, ou le pop, ou partir au loin dans des musiques ambient, noise, country, traditionnelle ou classique.

Quelles sont les différences qui séparent le nouvel opus "Carriers of Dust" et le précédent à savoir "Of Wind and Weeping" ? Ajout de nouveau matos n’est-ce-pas ?

Dans un premier temps, je mentionnerais surtout le revirement plus agressif de la musique. Le précédent opus était très largement imprégné de romantisme, que ce soit au niveau de la musique ou des paroles. L’ambiance générale était dans son ensemble bien moins ombragée que l’actuel "Carriers of Dust", qui s’enfonce dans un scepticisme écrasant.

Quelle est ta plus grande réussite dans cet album ?

Ouf, dur à dire. Mon soulagement est d’avoir réussi à le faire. Lorsque l’on s’engage dans une si grande entreprise en solitaire, on est toujours pétri de doutes sur ses capacités à la mener à terme. Surtout lorsque l’on part dans des terrains encore relativement inexpérimentés, à cause notamment du fait du changement de matériel. D’où le temps énorme qu’il m’a fallu pour réaliser l’enregistrement et le mixage, de l’ordre de 6 mois...

Si tu devais extraire un et un seul titre de "Carriers of Dust", lequel serait-ce et pourquoi ?

Sans aller nécessairement jusque là, c’est un peu comme demander à quelqu’un s’il préfère qu’on lui coupe la jambe droite ou la jambe gauche. Laquelle est-ce que l’on préfère : difficile de trancher [et le terme est de rigueur...].

Mais pour répondre à ta question, je dois avouer que dans son ensemble, je reste assez accroché au premier titre "A Scream to Express the Hate of a Race". Probablement car c’est le plus vieux titre écrit pour cet album et que c’est lui qui a lancé la direction dans laquelle le reste de la composition allait s’orienter. Il fait office de base, de commun diviseur, de tonalité.

Comment t’es venus l’idée de combiner du black destructeur avec des claviers baroques et autres flûtes ect…?

C’est amusant que tu partes d’abord du black metal destructeur pour ensuite arriver aux instruments symphoniques car en général, on a plutôt tendance à observer le raisonnement inverse : partir du symphonique pour s’étonner ensuite de la relative brutalité de l’œuvre...

Sinon, je ne sais pas vraiment... J’aime personnellement la sonorité de ces instruments et je trouve qu’ils s’intègrent parfaitement. Les instruments classiques ont une certaine noblesse, une âme particulière, et peuvent s’adapter à une multitude de situation. Je critiquais la sclérose du metal en général, mais on peut observer la même atteinte dans la plus part des milieux. Est-ce qu’un violon doit nécessairement être l’espèce de bouillie que l’on rajoute par-dessus une soupe totalement gay ? Je me rappelle des propos de Morgan de Marduk dans une interview de l’époque de Nightwing où il critiquait avec force l’utilisation de synthétiseurs dans le monde du metal, où pour lui la guitare saturée devait régner en maîtresse absolue. Selon lui, la guitare était la seule à pouvoir rendre compte de l’agressivité nécessaire du Black Metal, que toute adition serait superflue ou déposséderait la musique de son âme. Je pense pour ma part que l’on devrait pouvoir trouver des équilibres dans d’autres configurations...

Tes lyrics sont destructeurs, réfléchis et harmonieux. De quoi puises-tu ton inspiration ?

Je pense que mon inspiration est avant tout d’ordre philosophique, étant donné que l’essentiel de mes lectures y est consacré. Mes textes sont généralement écrits très rapidement, en l’espace d’une heure ou deux, mais je médite les sujets à longueur de journée, prenant vaguement une note ici ou là.

Parle nous un peu de ton son. Comment fais-tu pour avoir un rendu aussi pro et puissant alors que tu es tout seul aux manettes ?

Il ne devrait en effet pas y avoir beaucoup de points communs entre les deux albums en terme de production. J’ai fait l’acquisition de nouveau matériel, ce qui m’a permis d’aller bien au-delà de ce que je pouvais faire jusqu’alors, notamment au niveau de la programmation de batteries qui ont un frappé plus naturel qu’à l’époque.

Je suis content d’entendre que tu trouves le son à la hauteur car c’était définitivement un des enjeux de cet album. Je travaille avec la configuration la plus minimale que l’on puisse imaginer et n’ai aucune connaissance technique du traitement du son. Je n’ai donc pas de recette, je passe juste le temps nécessaire à tenter de trouver un équilibre.

Pour le moment, es-tu satisfait des retours d’écoute de "Carriers of Dust" ?

Ecoute, à l’heure actuelle on peut dire que je suis plutôt impressionné de la réception. L’essentiel des chroniques sont terriblement élogieuses et les messages que j’ai reçu de ceux qui s’étaient procuré le CD vont dans le même sens. Pourvu que ça dure !

Selon toi, est-ce que Mirrothrone est à l’apogée de son style en ce milieu 2006 ?

Disons, je ne pense pas qu’il y ait vraiment d’âge d’or dans une existence. Mais il y a des ères. Je me sens en confiance avec ce que j’ai fait, je n’ai pas l’impression d’avoir menti ou tenté de prétendre à des buts qui n’éveillaient rien en moi. En ce sens, "Carriers of Dust" est authentique, en adéquation avec lui-même, plein.

Quelles sont les choses contres quoi Mirrorthrone se battra jusqu’à ce que mort s’en suive ?

Mirrorthrone en soit n’est à la base qu’un vecteur. Je pense que c’est par sa réception qu’il devient une identité en soit et dès ce cas là, je n’ai plus pouvoir sur ce qu’il doit ou non exprimer, puisque c’est l’auditeur qui le façonne à sa guise. Les textes massivement métaphoriques vont dans ce sens.

Sinon pour esquisser une réponse à ta question, les textes de "Carriers of Dust" pointent un certain nombre de points qui me semblent problématiques même si jusqu’à présent, ils restent dans la plus part des cas bloqué à un constat massivement pessimiste...

Enfin, pas uniquement mais je préfère laisser l’auditeur se faire une idée...

Peux-tu nous expliquer ton artwork et la présence récurrente du papillon dans tes œuvres ?

En ce qui concerne le papillon, je pense qu’il s’agit d’un hasard. Le site de Unholy Matrimony en a quelques uns, présents là uniquement pour des raisons esthétiques. La pochette de Weeping Birth avec "A Painting of Raven and Rape" met en scène une sorte de monstre volant dont les ailes sont en réalité celles d’une mouche plutôt que d’un papillon.

Quant à "Carriers of Dust", leur utilisation va plus dans la représentation d’un caractère angélique plutôt que le papillon en soit.

Grossièrement, l’idée derrière la pochette est de prendre des symboles de pureté et de les pervertir. Le message dans ses grandes lignes est assez simple et loin d’être nouveau : sous les faux semblants, l’ignominie règne. Maintenant les textes approfondissent la chose en orientant le débat dans une direction plus précise.

Es-tu en contact direct avec la scène metal Suisse ?

Non. C’en est au stade où je me demande même s’il y en a une. Enfin, je suppose qu’il doit bien y avoir quelque chose de cet ordre, mais ne le connais pas. A quelques exceptions près, la Suisse en général et moi entretenons des rapports de profonde indifférence. J’ai bien quelques contacts avec des musiciens ici et là, mais qui ne sont pas metalleux.

Que penses-tu de la scène black metal en général ? Quel est le groupe que tu ne supportes pas ?

J’ai pris pas mal de recul vis-à-vis de la scène et ne me penche plus que sur les groupes qui m’attirent vraiment. Je me suis distancié des querelles intestines qui pourrissent une partie de l’underground ; je laisse ces débats à ceux qui ont de l’énergie à y perdre.

Il y a pas mal de groupes auxquels je n’adhère pas du tout musicalement, ce qui paraît relativement logique étant donné la diversité que l’on peut trouver dans le Black Metal. Dans ce tas, il y en a en effet un ou deux auxquels je suis particulièrement allergique, pour diverses raisons... mais comme je l’ai dit tout à l’heure, je préfère ne pas trop demeurer sur ces considérations.

Quels sont tes albums de chevet en ce moment même ?

Lancé en vrac : le dernier Drudkh, "Blood In Our Wells", qui vient de sortir. "Kill of Be Killed" de Biohazard, "Ascension Chamber" de Hecate, le "Revolution DNA" de Sceptic Flesh que je trouve de plus en plus puissant année après année, pas mal de Phish et du bordel dans tous les sens.

Un dernier mot pour les lecteurs d’AtithEtik :

Merci à ceux qui auront pris le temps de lire cette interview. J’espère que "Carriers of Dust" vous plaira.

Merci à toi et longue vie à Mirrorthrone et au Weeping Web !

Longue vie au grand statisticien de génie qui est en toi ! Et merci pour l’interview !

 


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