Daniel:
Principalement pour deux raisons. La première,
j’avais ce thème en tête depuis
un bout de temps et je tenais à l’exploiter,
sur papier ou sur disque. La deuxième, parce
qu’un album coûte une vingtaine d’euros,
et qu’en tant qu’artiste tu as un devoir
de résultat envers les acheteurs et les fans.
Il ne suffit pas de composer douze chansons d’amour
et de les mettre sur un album. Avec un thème
aussi complexe que celui-là, personne ne reprochera, à moi
ou au groupe, de ne pas avoir pris le temps de composer
quelque chose de bon. J’aime aussi lancer des
débats, et là, c’était une
bonne opportunité.
Quatre
années séparent "Walking
On H2o" de "A Work Of Art", toutefois
combien de temps as-tu réellement mis pour
composer ce nouvel album ?
Daniel:
A peu près six mois, même un
peu moins. Le groupe a travaillé sur beaucoup
d’autres projets et sorties pendant les quatre
années où Mind’s Eye a été mis
entre parenthèses. Certains albums exigent beaucoup
de temps, et d’autres se mettent en place d’un
coup.
Comment
as-tu abordé sa composition et surtout
dans quel état d'esprit ?
Daniel:
J’étais complètement investi
dans l’album pendant tout ce temps. Mon esprit était
focalisé sur l’album, nuit et jour… Je
rêvais même du travail en studio, j’en
ai même tiré de bonnes idées. J’avais
une vision bien précise de ce que je voulais
et un objectif très clair. J’ai composé la
plupart des morceaux mais Johan est intervenu à la
fin et y a apporté sa touche.

La
musique et les arrangements chez Mind's Eye
ont toujours été particulièrement
peaufinés, pourtant il me semble qu'avec "Walking
On H2o" vous êtes allés encore
plus loin, on frôle la perfection avec entre
autres un travail sur les chœurs tout à fait
remarquable…
Daniel:
Merci ! J’aime particulièrement
chanter en background car ça sonne vraiment
bien sur ce type de musique. Oui, nous avons toujours
tenu à aller plus loin à chaque fois,
et nous nous efforcerons de faire encore mieux pour
le prochain album. Les arrangements de celui-ci sont
très détaillés, tu peux vraiment
entendre tout ce qui se passe. Je trouve que le mix
les rend encore plus clairs, et j’en suis fier.
Les claviers et la basse ressortent plus que jamais
et la guitare se positionne naturellement. La plupart
des titres exigeaient des arrangements aussi pointilleux
et ce n’est pas complètement un fait exprès
si nous avons dû les détailler autant.
Nous avons suivi ce que les morceaux exigeaient
de nous.
"Walking On H2o" est un concept album,
est-il particulièrement plus difficile de travailler
sur ce type de "format" ?
Daniel:
Oui, c’est très difficile de
créer un concept album. Comme tu l’as
déjà dit, on n’a déjà pas
choisi le sujet le plus simple à aborder. Mais
bon, comme personne ne s’était encore
jamais lancé dans ce type de projet, nous n’étions
que plus heureux de tenter l’expérience.
Prendre la responsabilité de parler d’un
monde et de gens aussi désastreux te rend presque
dans l’obligation de fournir une musique d’autant
plus accomplie. Qui irait acheter un disque avec un
tel sujet accompagné d’une musique foireuse
? Nous avons essayé, et voilà le résultat
!
Quels
sont tes concept albums favoris ?
Daniel:
J’aime beaucoup “Dark Side of
the Moon” de Pink Floyd, “Operation Mindcrime
(Part I) de Queensrÿche et la période ELO.
Les trois explorent différentes façons
d’aborder un concept.
Fredrik
Grünberger (guitare) ne fait plus
parti du groupe, peux-tu nous expliquer son départ
?
Daniel:
Il n’y a pas grand-chose à dire
là-dessus. Il est parti et nous n’avons
pas envie de rester là-dessus. Quelque part,
il avait une façon de composer assez limitée.
Le groupe a élargi son champ de vision depuis
son départ, au point que nous ne souhaiterions
pas le réintégrer s’il décidait
de revenir. Lui et moi fonctionnons vraiment différement
lorsqu’il s’agit de composer – je
suis plutôt rêveur, alors que lui se focalise
sur l’argent. Ca marchait peut-être bien
jusqu’à un certain point, mais j’ai
toujours eu la sensation de me restreindre, ce qui
n’est plus du tout le cas à présent.
Fredrik a arrêté la guitare et a un tout
autre mode de vie, et je n’aimerais pas qu’il
joue de la guitare dans l’état ou je l’ai
trouvé la dernière fois que je l’ai
vu. C’est toujours un pote assez cool et on se
parle de temps de temps, mais j’ai l’impression
qu’il nous considère toujours comme membres
d’un groupe. J’espère vraiment qu’il
est capable de faire la différence entre le
travail et l’amitié.

Une
chose est sûre, ce départ ne vous
a en rien déstabilisé, Johan Niemann
s'acquitte parfaitement de sa nouvelle double tâche
(basse et guitare), avez-vous tout de même
pensé à un
moment prendre un remplaçant à Fredrik
?
Daniel:
On y a pensé. J’ai essayé d’autres
guitaristes mais aucun n’a fait l’affaire.
Et comme je ne voulais pas travailler avec quelqu’un
déjà connu, la seule solution pour trouver
un bon guitariste capable de jouer dans l’orientation
du groupe était d’embaucher quelqu’un,
ce qui était hors de question. Puis j’ai
pensé à Johan, vu qu’il a toujours été un
solide guitariste. Il s’est toujours occupé des
arrangements en guitare claire et a souvent aidé Fredrik
lorsqu’il avait des soucis de guitare. Johan
avait de plus quelque chose qui manquait à Fredrik, à savoir
la maturité et la mélodie. Fredrik jouait
vraiment bien au début, faisait d’excellents
solos, mais vers la fin, il s’est senti supérieur
et s’est mis à composer des solos très
compliqués, incompréhensibles. Johan
joue pour les gens, et pas seulement pour les musiciens.
De toute façon, Fredrik est parti de lui-même.
Personne ne l’a poussé à partir
et nous lui souhaitons bonne chance, en espérant
qu’il trouve ce qu’il recherche. En espérant
qu’un jour il deviendra quelqu’un d’autre
et là, peut-être, nous repenserons à lui.
Tu
as joué sur l'album "Novak" d'Andreas,
sais-tu s'il y aura une suite à ce premier
disque ?
Daniel:
Ça a été terrible de produire
et de composer cet album. J’ai toujours voulu
faire un album d’AOR et c’était
ma chance. Andreas a trop de choses en tête
en ce moment. Les morceaux qu’il m’a
proposés ne
sont pas assez puissants, je ne pense pas qu’on
verra un album de sa part avant un bout de temps.
Il a besoin de temps, se poser et se relaxer, et
seulement
là il sera en mesure de pondre un résultat
bien meilleur. Donc pour l’instant je réponds
: non, rien de prévu.
"Walking On H2o" ne récolte que
d'excellentes critiques, j'imagine que cela doit te
faire extrêmement plaisir, non ? ? As-tu malgré tout
reçu des avis négatifs sur cet album
?
Daniel
: Oui, quelques uns. Le thème est parfois
exagéré pour certaines personnes. C’est
comme lire un livre qui contredit tes connaissances
et finit par te déséquilibrer. Il y a
de grosses différences entre certaines chroniques
où seulement un point négatif est soulevé,
et d’autres où c’est toute une série
de trucs qui ne vont pas. Tu te rends alors compte
que le chroniqueur n’a pas pris suffisamment
de temps pour écouter le disque, ou n’est
pas assez ouvert à ce genre de sujet ou de musique.
Je pense que les gens ne devraient pas chroniquer de
la musique qu’ils n’aiment pas, et laisser
la chance de le faire à d’autres qui la
comprennent mieux. Enfin, de toute façon, ces
chroniques sont ridicules quand on les compare aux
chroniques élogieuses.
Musicalement,
Mind's Eye navigue un peu entre deux eaux,
la progressive rock et
l'AOR, avec lequel
de ces deux genres te sens tu le plus en adéquation
?
Daniel:
Je crée de la musique, après,
les autres collent les étiquettes qu’ils
veulent. Mon but est de faire des albums qu’on
ne peut pas classer dans tels endroit ou catégories.
J’adore l’AOR et le prog, mais j’aime énormément
d’autres styles. Si quelqu’un veut nous
coller une étiquette, SUPER mais je suis incapable
de répondre à cette question sans être
un peu déçu par ma réponse.
J'imagine
que l'on vous pose sans cesse cette question
mais quand pourra-t-on
vous voir un jour
sur scène ?
Daniel:
Ça fait cent un ! Nous prévoyons de
donner un concert spécial pour nos fans, et
le filmer. Mais rien à l’horizon pour
l’instant… Les choses se passent de moins
en moins bien dans ce milieu, et jouer live n’engendre
en général que du stress, et un mal
de dos, ahahah.

En tant que batteur, quels sont ceux qui t'ont
le plus marqués ?
Daniel:
A part moi tu veux dire ? (rires) Rod Morgestein
est mon prof favori. Je
possède sa première
vidéo "Versatility", et
j’apprécie également
beaucoup la vidéo "Drum Work Out" de
Virgil Donati. Et le batteur qui me donne toujours
des frissons c’est Phil Collins, ce gars
est vraiment impressionnant.
Quels
sont tes projets dans l'immédiat
?
Daniel:
Je suis en train de boucler un nouvel album intitulé “A Gentleman’s Hurricane” avec
Mind’s Eye. Mais je dois d’abord enregistrer
des parties de batterie pour quelques albums, et quand
ce sera fait, je me plongerai dans le monde d’un
assassin et ce qu’il fait pour s’éloigner
de la vie.
Souhaiterais-tu
ajouter un dernier mot ?
Daniel:
Je voudrais inviter tous les fans et lecteurs
d’Antithetik à visiter notre site www.roundrec.com ainsi que mon site www.danielflores.net pour plus d’infos
sur ce qu’on fait en dehors de Mind’s
Eye.