Malleus Maleficarum tombe le masque et nous dévoile son vrai visage après un "Des Bibles, des Hymnes, des Icônes" haineux mais encore trop marqué par son héritage scandinave. "Nothing Left To Fight For" - dommage que le groupe ait opté pour un titre en anglais alors que ses textes sont dans la langue de Molière - est une plongée dans un abîme de mélancolie où la rage, toujours présente, se fait plus sourde. L'ajout de sonorités indus, mais aussi électro ("... La perversion comme représentation") ne fait qu'en accentuer le caractère misanthropique et froid. La plupart des compos se terminent ici sur des notes lancinantes, planantes et inquiétantes, qui nous confrontent à l'immensité du néant et à notre propre finitude. "Délivrance" sonne comme une agonie qui serait le secret d'une renaissance. D'ailleurs, le travail de construction et de composition est manifeste sur cet album au point d'aller à l'encontre du nihilisme affiché par le groupe. Tout comme la production, faussement underground : sur "Les vestiges", la guitare surgit ici et là à travers des riffs tranchants ; même la basse parvient à se frayer un chemin dans cet univers de noirceur et de grisaille illustré par la pochette. Sur "Ecorchés", c'est à nouveau la guitare qui vient assurer la liaison avec l'instrumentale nostalgique "Les vestiges". Même si Malleus Maleficarum se rapproche par moments fortement du Forgotten Tomb première période - "... La perversion comme représentation" et son chant délibérément saturé nous rappellent ainsi "Alone" figurant sur "Love's Burial Ground" - les Français s'en distinguent par une attention portée tant à la composition des riffs et des mélodies, virevoltantes comme un nuage de cendres, que des ambiances. Avec ce nouvel opus, et contrairement à son titre, Malleus Maleficarum nous prouve que l'Art black mérite nettement que l'on continue à se battre pour lui. (8,5/10)
Apophis