Ouverture des portes assez tôt pour ce concert de Sleepytime Gorilla Museum (SGM pour les intimes), vers 18h45. Il s’agissait du premier concert d’SGM pour votre envoyé, autant dire que je les attendais le pied ferme. Mais il fallait encore attendre que les premières parties finissent d’ouvrir pour avoir le droit à la musique d’SGM qu’on qualifie d’avant-garde rock.
Un groupe français Tusker Seed avait la lourde charge d’ouvrir le bal avec son auto-dénommé Indie/Emo/Industrial très lourd et très saturé, servi par un chanteur se remuant dans tous les sens, se couchant sur la scène, sautillant partout, assurant avec un vif charisme tandis que les autres musiciens allaient avoir des poses plus figées. La salle était encore très loin d’être remplie et la musique était écoutée assez docilement par les 80/100 personnes réunies pour l’instant. Leur musique faisait son effet et les applaudissements allaient être assez nourris ; on peut également saluer le respect des fans et des amateurs pour les groupes qui tournent.
Prime Sinister entrait alors sur scène et délivrait un thrash, là encore très lourd, vraiment peu aéré, hyper saturé et pour tout dire un peu pénible, surtout au vu de groupe que nous attendions tous. Après environ 40’ de show, la transition pouvait s’opérer.
SGM entre finalement en scène et amorce son show devant un parterre de fidèles de 200 fans environ par les deux premiers titres d’ « Of Natural History », le concert commence vraiment très bien. Je n’avais jamais vu Sleepytime sur scène et le choc visuel est assez frappant. Les mecs (et la fille) sont habillés en guenille, en haillons, en robe, en trolls, en ce que vous voulez… Les coupes capillaires sont étudiées et aucun des membres ne se ressemblent, vous pouvez en juger par les photos. Première observation : il y a deux batteries sur scène, une batterie traditionnelle avec un kit plus restreint (effet de la tournée) et une deuxième qui s’apparente plus à une artillerie de percussions avec des toms travaillés où le musicien est debout pour délivrer sa performance. Et le fait d’être debout l’amplifie assurément et lui donne une autre grandeur.


Leur musique est indescriptible pour ceux qui ne connaissent pas ou n’ont jamais écouté un de leur album, disons rock avant-gardiste, ou musique progressive barrée, les fans comprendront. Je ne peux pas dire que leur musique est expérimentale, comme c’est écrit sur leur myspace, car elle est pour moi complètement aboutie et les compositions sont très solides et complètements cohérentes. On y prend un plaisir immédiat et l’aspect théâtral de leur show maintient l’attention qui va au-delà de cette musique. Précisons que le show de ce soir présente des compositions qui « font » beaucoup moins dispersés qu’un album comme « Of Natural History », peut-être parce qu’il fait la part belle à « In Glorious Times » leur dernière livraison, sortie en mai 2007.


Le groupe était hier soir composé du frontman Nils Frykdahl, guitariste et doté d’une voix de basse ahurissante de puissance, d’accents et de tout, de la violoniste (claviériste et un peu tout) Carla Kihlstedt, me faisant penser un peu à Björk sur certains accents ; Dan Rathbun, le multi-bassiste assurant des poses hypnotiques et hypnotisantes pendant le concert, et les deux percussionistes Mattias Bossi et Michael Mellender.


Cette théâtralité est ensuite assurée par les instruments qu’ils utilisent. Ils sont fait maison et leur apparence ressemble à leur costume, les guitares sont à cet égard assez pourries d’aspects, la preuve que la coquille importe peu pourvu que le jeu et le son soient là. Il est difficile de décrire l’armada des instruments utilisés, tant ils sont originaux et créent avec ces sons un enrichissement du processus sonore. Les cinq membres de groupe jouent leur musique, mais pas uniquement au sens instrumental, non, au sens d’un jeu d’acteur : leurs visages à tous expriment les sentiments, le rythme, les cassures, tout. Quand il y a des silences au sein des mesures, tous s’arrêtent de jouer pendant un instant et prennent une pause fixe, comme si le monde s’était arrêté d’être. Les effets musicaux et humains sont spectaculaires. Le jeu de lumière était celui de la Locomotive, donc relativement sobre et ne dispersait pas certains effets ; par exemple il n’y a eut aucun fumigène. SGM donne l’impression d’un groupe complètement possédé par sa musique, ils sont une entité à part entière, ce que confirme le concept du groupe. Rappelons que Sleepytime Gorilla Museum est le nom d’un musée ouvert en 1916 aux Etats-Unis et qui a fermé ses portes très vite avant de disparaître des tablettes. Apparemment, les collections montrées étaient assez futuristes (à l’opposé de la vocation de rappel historique d’un musée) et le musée est tombé vite dans l’ignorance. Il fut fondé par un italien immigrant influencé par les futuristes italiens (mouvement assez proche du surréalisme mais avec une utilisation des formes cubiques et d’un unique sujet moins fouillé) qui travaillait dans une imprimerie au sein de Manhattan et d’autres ouvriers qui se réunissaient le soir. Ces informations sont dans les notes du premier album que j’ai acheté à la sortie du concert, pour en savoir un peu plus sur ce groupe unique. Ensuite, les morceaux sont annoncés par Nils, qui bien souvent, marmonne dans le micros des sons dont on ne sait pas s’ils sont ou anglais ou kabbalistiques. Ils incarnent SGM d’un bout à l’autre du concert et à aucun moment ils ne se déprennent de cette attitude. SGM pourrait à lui tout seul, faire la bande-annonce d’un film tel que le Seigneur des Anneaux.


Musicalement, les morceaux délivrés en concert sont bien plus compacts que ceux qui figurent sur les albums, on en retrouve tous les éléments « péchus » sans les longs développements instrumentaux, ce qui laisse une impression de cohésion parfaite et d’emballement des titres très rapide. Le son était parfait, car pas trop saturé, on pouvait donc entendre tous les effets de basse, les accents du violon (loin d’être pénible), les riffs dévastateurs très souvent syncopés et diaboliquement rythmés, et également les jeux de batteries très en finesse dotés d’un son pas trop en avant comme souvent en concert. Par-dessus, les voix étaient posées magnifiquement pas ses acteurs, et si Nils, est le chanteur en titre, tous chantent en chœur sur les titres créant encore davantage cette impression de totalité des musiciens à travers leur musique.

La set-list du groupe était vraiment bien faite ; les titres, déjà tous différents sur albums, se complétaient superbement en concert. Se suivaient un titre très métal, un titre plus expérimental au niveau des sonorités, un titre mid tempo, un titre avec plein de silences, un titre où le violon prenait toute son ampleur avec un jeu entre deux musiciens qui se donnaient la réponse (du style trait de violon puis un rythme de percu…). Vraiment une association intelligente car très variée de tout ce que le groupe fait sur disque.

Un concert unique pour un groupe unique qui, après avoir fini son premier et dernier rappel après 1h15 de concert et être à peine passé par les loges, est descendu dans la salle dix secondes après avoir quitté la scène pour saluer son public, qui espérons-le, le saluera toujours en plus grand nombre à l’avenir.

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