Il
est 15h quand la Loco nous ouvre ses portes
pour un après-midi et
une soirée consacrés au Pagan Metal.
En ce samedi 16 décembre, bon nombre de metalleux
attendait déjà depuis quelques temps
devant la salle sous la pluie. A ma grande surprise,
suite apparemment à quelques problèmes
techniques c’est la Petite Loco qui accueillera
les groupes. C’est donc dans le sous-sol confiné et
obscur que le public se rend.

Nemeton

Nemeton
A
15h30, des mecs assez singuliers se pointent
sur la scène, bien décidés à commencer
ce Pagan Fest comme il se doit. Arborant des
drapeaux et des corpse-paints bleus sur le torse,
les Bretons
de Nemeton débutent leur show. Ils nous
livrent un metal celtique teinté de black
et de thrash assez sympathique. Mais leur passage
sera surtout marqué par leur côté théâtral
et l’énergie qu’ils dégageaient.
Après cette bourrasque bretonne, un court
entracte permet au gens d’aller un peu respirer à l’étage
du dessus. La petite Loco, sombre redevient
calme.

Heol Telwen
Soudain
le silence est rompu par un air de flûte.
Le magnifique air d’"An Deiz Ruz" résonne
dans la salle tel un enchantement, et Heol Telwen arrive.
Le groupe commence alors une prestation magique
et n’auront pas grand mal à conquérir
tout le public. Un point d’honneur notamment
au chanteur qui a étonné par
sa polyvalence, alternant chant, guitare, bombarde
au gré des
mélodies. Heol Telwen a mis le feu ce
soir là, faisant même danser le
public.

Wargasm

Wargasm
Suite à l’engouement qu’a provoqué Heol
Telwen, les Parisiens de Wargasm avaient
un grand défi à relever. Le style était
très différent de l’atmosphère
magique d’Heol Telwen, et le public fut un
peu moins enjoué par leur prestation. Pourtant
les compositions de leur album "Manhunt",
rythmées par les grognements caractéristiques
du chanteur, étaient agréables et
les musiciens très motivés, plein
de bonne humeur, n’hésitant pas à délirer
avec le public. On entendait fréquemment
des "Simon, je t’aime !" émanant
d’amis à eux qui pour l’occasion
leur servaient de fan-club officiel. Leur grand
cadeau fut une reprise de Dissection, sympathique
bien qu’un peu brouillon par moment.

Aes Dana

Aes Dana
Vraisemblablement,
une bonne partie du public était
là pour Aes Dana,
et quand enfin la grande banderole à l’effigie du groupe a été placée à l’arrière
de la scène, la tension est montée.
Pourtant, ce fut pour beaucoup une déception.
Non pas que le groupe ait mal joué, loin
de là. Leur set a été comme
on a pu l’espérer remarquable et empreint
de mysticisme celtique avec en grande partie des
morceaux de "Formor". Mais le malaise émanait
de la froideur de leur prestation. Entre chaque
morceau, le chanteur n’a pas décroché un
mot à l’égard du public, à peine
un timide merci à la fin. Pas de rappel
non plus, et un sentiment de désorganisation
tout au long du set. La raison en est sûrement
le changement tout récent de line-up et
les divers problèmes que le groupe a rencontré dernièrement.
Seule la magnifique bassiste a mis un peu d’ambiance
et a, apparemment, fait rêvé une
grande part du public masculin.

Eluveitie

Eluveitie
Heureusement
pour nous, une surprise de taille nous attendait
juste après, et cette surprise
s’appelait Eluveitie.
Ce fut la grande baffe de la soirée pour moi et pour beaucoup de
gens présents ce soir. A peine la bande
arrivée sur scène, avec leur allure
de viking et leur bonne humeur, les Suisses n’ont
pas tardé à enflammer la foule. La
musique était tout ce qu’il y avait
de plus folklorique et entraînant, le son
black se mariant à merveille avec la flûte
traversière, le violon et autre instruments
traditionnels. Le chanteur, avec un faux air de
Max Cavalera, débordait d’énergie,
tout comme la violoncelliste qui, je ne sais comment,
headbangait, bougeait et chantait tout en jouant.
Le public était ravi, certains n’hésitant
pas à danser en cercle, autour d’un
feu imaginaire, emportés par les morceaux
extraits de "Spirit". Une vraie ambiance
pagan ! Mais au moment de partir, le public en
voulait encore et ce fut avec un plaisir immense
que les Suisses sont revenus après un rappel
nous enchanter de 2 titres supplémentaires.

Negura Bunget
Le
dernier groupe à se produire ce soir
a fait figure d’extra-terrestre. On se doutait
que le folklore transylvanien serait différent
de la festivité celtique, et c’était
le moins qu’on puisse penser. Negura Bunget a
laissé une impression bizarre. Son charismatique
chanteur, parlant anglais avec un bel accent roumain,
hypnotisait littéralement le public de sa
voix profonde entre chaque morceau. La musique était
très particulière, mystique voire
occulte. Son côté sombre et lugubre était
parfaitement en adéquation avec le sous-sol
dans lequel on se trouvait. Chacun a bien pu se
rendre compte à quel point le folklore de
l’est est ténébreux. Des parties
de black se heurtaient à des passages de
chants clairs en ancien roumain et à des
interludes atmosphériques qui en devenaient
parfois étourdissants. Ce groupe, bien que
très original et sûrement un des plus
technique du festival, aurait à mon avis,
fait plus d’effet dans un concert d’Opeth,
ou en début de Pagan. En effet, le fait
que Negura Bunget passe à la fin a accentué le
contraste entre ce groupe et les autres, et c’est
peut-être la raison qui a fait que certains
ont bien moins accroché.

A
22h, tout le monde pensait que la fête
touchait à sa fin, mais c’était
sans compter sur l’énergie inconsumable
des divers musiciens. Les porte-drapeaux de Nemeton
et la cornemuse d’Heol Telwen ont improvisé une
petite fête païenne dans la loco, et
les gens ont commencé à danser comme
dans un Fest-Noz. Je suis passée voir les
gars de Wargasm qui continuaient de faire rire
la galerie, ayant recours à toutes les stratégies
pour faire leur promo. La brève discussion
que j’ai eue avec m’a confirmé leur
simplicité et leur bonne humeur. Après
quoi j’ai accouru auprès du chanteur
d’Eluveitie le saluer pour la prestation
de son groupe. Je ne fus pas la seule à avoir
apprécié la disponibilité de
chaque groupe, et c’est en général
l’avantage de ce genre de concert. La bonne
ambiance aura régné du début à la
fin dans ce Pagan Fest qui fut plein de surprises,
et le public y a lui-même aussi beaucoup
contribué. La salle m’avait fait un
mauvais effet au début et on y voyait parfois
mal (forcément quand il n’y a
que des grands mecs), mais elle avait un son
vraiment
impeccable. Un grand bravo aux organisateurs
en tout cas !