L’affiche de ce soir a attiré les
foules Boulevard Clichy. La première tournée
européenne de Dragonforce en headliner est
un évènement auquel le public parisien
a répondu présent, et c’est tant
mieux. D’autant que les premières parties
sont également de qualité, Firewind
et Manigance pouvant se targuer d’être
parmi les meilleures formations du style dans leurs
patries respectives. La
Loco est donc quasi-pleine lorsque les grecs
de Firewind entament la soirée avec une
demi-heure d’avance sur le planning prévu.
Forts d’un dernier album, "Allegiance",
de bonne facture, le groupe fait montre d’une
grosse énergie, et leur plaisir d’être à Paris
et devant un public qui les connaît est communicatif.
Très mobiles sur scène, les grecs
enchaînent les titres accrocheurs et faciles à appréhender,
qui assurent un gros succès auprès
des nombreux jeunes spectateurs qui ont eu l’autorisation
de minuit de papa-maman. "Between Heaven And
Hell" ou l’excellent "Falling To
Pieces" du dernier opus sont parfaitement
interprétés, avec notamment un guitariste
/ claviériste pas manchot qui jouera même
un moment à la fin du set des deux instruments à la
fois. Firewind ne sacrifie pas le spectacle à l’efficacité et
c’est de très bon augure pour la suite,
et notamment la tournée française
avec Angra au mois de février.

© Jean Baptiste APPERT

© Jean Baptiste APPERT

© Jean Baptiste APPERT

© Jean Baptiste APPERT Sur
Antithetik, on aime bien Manigance. On sait aussi
dire quand c’est foireux. Mais ce jour
n’est pas encore venu ! Les palois n’avait
pas joué à Paris depuis leur première
partie de Scorpions à l’Olympia en
juillet 2005. La tête d’affiche du
jour n’est pas aussi prestigieuse, la salle
non plus, mais le concert comme toujours a été largement à la
hauteur de nos attentes, et le groupe a mis autant
de cœur à l’ouvrage. Les nouveaux
titres, issus de "L’ombre et la lumière" leur
dernière production, sont une tuerie en
live. "Envahisseur", "Prédateur" et
surtout "Privilège" ont un bel
impact sur scène. Inclus dans une setlist
qui passe en revue les meilleurs titres d’ "Ange
ou démon" et "D’un autre
sang", ils méritent d’être
réentendus, peut-être sur une tournée
en tête d’affiche en début d’année
2007. Malgré des soucis au niveau du son,
faute de balance préalable, Manigance fait
parler l’expérience et la passion
pour délivrer un show jouissif. "Ange
ou démon", "En mon nom", "Maudits" ou "Mourir
en héros" sont du petit lait, les soli
de Bruno et François sont impressionnants
de maîtrise, Marc et Daniel font parler la
technique et l’efficacité, et Didier
prouve qu’il est un vrai showman et ne renie
pas l’influence de Ronnie Atkins au niveau
du comportement sur scène. Au niveau du
talent, nul besoin de comparaison, ça plane
bien au-dessus de tout le reste. Jean, le nouveau
claviériste que l’on voyait pour la
première fois a bien intégré les
morceaux, et a sobrement fait son travail. Souhaitons-lui
le meilleur, comme à tout le groupe, qu’on
crève de revoir rapidement chez nous. On
avait vu Dragonforce en ouverture de Edguy en
février dernier, jouer 40 minutes vitesse
grand "V" et puis s’en aller rejoindre
le rang des formations de speed metal en vogue,
sans garantie de les revoir à plus haut
niveau. Quelques mois plus tard, les revoici en
tête d’affiche à Paris, de passage
sur une tournée européenne. La progression
hallucinante du groupe londonien est louable, et
nul doute qu’ils le méritent. Mais
la prestation du soir est comparable au public
: puérile. Consternante de bêtise
entre les morceaux. Chaque membre a appris quelques
mots de français, ils se résument à "untel
a une petite bite" ou "les balades ça
fait chier"… Alors ça amuse beaucoup
tous les pré-pubères qui ont investi
la fosse, mais ça ne rend pas service au
groupe ni à son image. En marge de ces idioties
qui rendent le set presque énervant à suivre,
Dragonforce joue avec l’énergie qu’on
lui connaît tous les titres les plus marquants
de ses trois premiers albums. Et ça va toujours
trèèèès vite, les deux
guitaristes et le claviériste rivalisant
avec brio de vitesse et de technique sur les longs
morceaux proposés. "Cry For Eternity", "Through
The Fire And The Flames" ou "My Spirit
Will Go On" remportent un franc succès.
Le public est tout acquis à leur cause,
et le groupe en fait ce qu’il veut, le faisant
même se séparer (physiquement) en
deux pour mieux diviser la salle afin de la faire
chanter. L’osmose va même jusqu’à l’inconscience,
la scène devenant à partir de la
moitié du show le terrain de jeu d’ados
enrobés dont la gogolerie va jusqu’à empêcher
les musiciens de jouer correctement. Et ça
devient carrément le centre aéré sur
les rappels, on ne distingue même plus les
membres du groupe. On se formalise peut-être
là-dessus, mais les gens qui payent pour
venir voir un groupe jouer ne s’attendent
pas à ce spectacle grotesque d’enfants
mal élevés. Pour en revenir à la
musique, on est de nouveau impressionné par
ce batteur digne du death metal, Herman Li qui,
s’il a coupé (un peu) ses cheveux,
n’a rien perdu en rapidité, ou ce
chanteur qui s’il ne fait pas dans la finesse,
n’a jamais failli jusqu’à la
dernière note de "Valley Of The Damned",
et ce malgré les circonstances. Il y a des à côté dans
les concerts qui gâchent un peu la fête
et empêche la musique d’avoir l’impact
voulu sur les spectateurs normalement constitués.
Et ce soir Dragonforce nous a fait cet effet. Cette
fin d’année est décidément
bien remplie en bons concerts, notamment sur le
papier. Chaque groupe ce soir est sorti gagnant
de la Loco, peut-être financièrement,
mais surtout sur la popularité qu’ils
ont acquis dans notre capitale, et en matière
de plaisir pris sur scène. Que souhaiter
de plus ?

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