Le nom Hexperos vient de Hesperides et Hesperos, la première étoile qui apparaît au crépuscule (*)... Nom évocateur de cet instant fragile où se mêlent en incandescence le jour et la nuit, laissant entrevoir pour qui s'y penche comme un entrebâillement éphémère et vertigineux sur un rêve éveillé dépassant les sens. A peine peut-on l'effleurer de loin que la nuit déjà déploie son long voile dans le ciel mouvant, ouvrant l'esprit à des vagabondages chimériques, loin des sentiers du jour...
C'est en quelque sorte cette évocation incantatrice de l'esprit humain dont une parcelle semble avoir été figée dans son éternité par la musique d'Hexperos, comme si la formation italienne était parvenue à capturer un lambeau du flux invisible s'écoulant lentement dans l'instant intemporel de la jonction entre le jour et la nuit...
Né de deux musiciens expérimentés, la soprano Alessandra Santovito (Gothica) et Francesco Forgione, rejoints par trois autres musiciens, le projet Hexperos aboutit ici avec un premier album "Garden of the Hesperides" délivrant avec délicatesse et sensualité un néo-classique gothique et éthéré, poignant de beauté et d'émotion.
Les compositions semblent fragiles, évanescentes, parfois presque impalpables, s'évaporant comme des volutes de fumée, mais captivent pourtant l'auditeur, le caressant avec douceur tout en l'empoignant avec une force singulière... A la fois sombres et pénétrantes, les notes parsemées sur ce disque, glissant tantôt sur des valses lancinantes tantôt sur des ballades sensuelles, n'en semblent pas moins touchées par une grâce lumineuse dont la flamme est portée comme une torche par la magnifique voix d'Alessandra.
Une musique de chambre qui s'envole dans les contrées musicales de l'âme, loin des barrières et des contraintes, se nourrissant avec subtilité d'influences diverses; ethniques, tantôt celtiques, tantôt orientales ou encore plus modernes... jusqu'à épouser des rythmiques légèrement trip-hop comme sur "Hesperos".
Bien sûr, il serait tentant d'établir les inévitables parallèles, ici avec des groupes comme Dead Can Dance ou Arcana... Cependant, devant la profondeur et la magie de la musique d'Hexperos, il serait presque grossier de la réduire à de simples comparaisons. De la même manière qu'on aurait presque peur d'en briser le charme en voulant la disséquer par des mots.
"Garden of the Hesperides" est une petite perle, d'une beauté rare qui se doit impérativement de trouver une place de choix dans la discothèque de tout amateur de heavenly qui se respecte... Et devinez quel label est derrière tout ça ? (9,5/10)
Vivien