Mr
V: Ca remonte à 1999-2000, période à laquelle Øystein
et moi avons débuté une amitié par
mail et par téléphone. On s’est
vite rendu compte que nous avions de nombreux points
de vue communs sur la musique, et sur la philosophie
de la vie en général. On a d’abord évoqué l’éventualité de
créer un projet tous les deux, qui nous permettrait
de confronter nos inspirations. Après quelques
temps, nous sommes arrivés à la conclusion
que nous devions vraiment concevoir un album, différent
de ce que nous produisons avec notre autre groupe -
plus orienté vers la musique de films, puisque
nous sommes tous les deux passionnés par le
sujet. C’était avant que je rejoigne Borknagar.
Puis, l’idée de former un side-project
a pris de plus en plus d’ampleur, mais nous n’étions
pas pressés car les aspects artistiques étaient
notre but premier. Nous avons rassemblé et recadré nos
esprits et notre inspiration, puis la musique s’est
quasiment composée d’elle-même,
pour ainsi dire. Nous n’avons commencé à travailler
sérieusement sur l’album qu’à partir
de l’année dernière, mais une fois
la machine en route, nous n’avons plus voulu
nous arrêter avant que tout soit parfait. Nous
avons également travaillé séparément,
envoyé nos idées et nos thèmes
par mail pour consultation réciproque, et nous
avons pris des décisions sur cette base.
Peux-tu
nous présenter l’album “Terra” ?
Avez-vous sorti quelque chose sous votre ancien nom
de groupe, Ion ?
Mr
V: Cet album est très varié car il
contient des éléments inspirés
de plusieurs genres et orientations. Tu y trouveras à la
fois des sons planants, des passages très metal,
des segments angoissants, d’autres dérivés
du progressif, et même des émotions « digitales ».
Nous avons voulu restituer un son hybride entre l’analogue
et le digital, un clash entre l’homme et les
machines, mais sans ressembler à un groupe indus – ce
que nous ne sommes pas. Le froid constitue l’une
des émotions principales que nous avons voulu
faire ressortir lors de la composition et des arrangements.
Pas la froideur d’une société corrompue,
mais la sensation bien physique du froid des régions
arctiques. C’est difficile de l’expliquer
par des mots, nous avons donc crée un album à la
place… héhéhé. Sinon, nous
n’avons rien fait de concret sous la bannière
Ion, ce n’est qu’une fois que nous avons
trouvé le nom définitif du groupe que
nous tenions toutes les pièces du puzzle.
Votre
musique est une expérience unique – une
combinaison de sons expérimentaux, sensations
opaques, mélodies épiques, assortie avec
des touches de black metal nordique. Comment la définis-tu
et quelles ont été vos sources d’inspiration – musicales
et personnelles ?
Mr
V: Comme je l’ai dit plus haut, notre musique
résulte d’un mélange de plusieurs
aspects musicaux et c’est très difficile
de poser une étiquette dessus. Les bandes originales
de films composent une grosse partie de notre inspiration,
mais c’est un peu plus compliqué que ça.
Personnellement, je me sens très inspiré lorsque
j’écoute ce qu’Øystein compose,
en essayant de mettre mon esprit en phase avec le sien
- et je crois que ça marche un peu de la même
façon pour lui. Mon environnement est une autre
source d’inspiration ; il fait en général
très froid ici, et l’hiver, très
long, m’affecte intensément. Et lorsque
nous nous rencontrons pour le mixage, nous essayons
de trouver de nouvelles pensées pour la musique,
mais tout cela se pose naturellement.
Vous
vivez dans des pays différents - comment
avez-vous composé “Terra” ? Quels
thèmes se déclinent dans les textes ?
Mr
V: Nous composons chacun de notre côté,
puis on s’échange des fichiers entre la
Norvège et la Suède - l’Internet
constitue une ressource précieuse pour nous.
Les textes parlent de l’isolation physique et
mentale, se retrouver perdu dans un désert glacé,
et l’attrait pour les régions arctiques.
Je dirais que le thème de l’exploration
est très manifeste, à la fois épique
et aventureux. Les textes ne sont pas typiques du metal « de
base », ils sont assez inhabituels voire même
un peu bizarres, mais démontrent une vision
très claire. Les lois de la nature guident de
nombreux aspects de l’album - la nature en tant
que clé de la vie, et essence de l’être
vivant.
L’alternance de growls et de voix claire donne
aux morceaux des tendances à la fois rock et
black metal. Est-ce qu’il y a un but derrière
ce contraste vocal ?
Mr
V: C’est moi qui m’occupe du chant,
et nous voulions avoir une combinaison de voix claires
et gutturales, pour donner à l’album un éventail
de variations d’états émotifs.
Les vocaux clairs adoucissent les mélodies alors
que les growls accentuent l’impression de froid.
Nous ne sommes pas adeptes du concept « la belle
et la bête » basé sur des dialogues – nous
nous concentrons surtout sur les émotions. Les
parties vocales sont mises en place de façon à s’adapter
au mieux à la musique, et en général
la musique est composée en premier, puis le
chant est ajouté en fonction.
La
programmation et les synthétiseurs sont
omniprésents – est-ce que vous avez utilisé d’autres
instruments ? Qu’en est-il de la batterie, et
des sons de violoncelle et de flûte qu’on
peut entendre à plusieurs reprises ?
Mr
V: On a utilisé des claviers et des synthés,
mais la batterie est une boîte à rythme.
Après réflexion, on s’est dit que
c’était la meilleure chose à faire.
Puisque ni Øystein ni moi n’avons les
capacités suffisantes pour jouer de la batterie,
nous aurions eu à incorporer une troisième
personne dans le groupe. Or, nous tenions à ce
que ce projet reste entièrement le nôtre.
Mais la rythmique a été programmée
de façon à ce qu’elle ne sonne
ni statique ni synthétique ; elle est donc très
dynamique, mais sans choquer l’oreille. Pour
les flûtes, ce sont soit des flûtes mellotron
ou autres samples, il n’y a pas de véritable
joueur de flûte dans le groupe.
Et
comment avez-vous procédé pour
les enregistrements ?
Mr
V: Relax, puisque nous avons tout enregistré nous-mêmes,
lorsque nous en avions le temps ou l’inspiration… Nous
n’avions pas d’autre pression que notre
propre perfectionnisme (rires). Les guitares et quelques éléments
de programmation ont été enregistrés
chez Øystein, et les claviers, les vocaux et
la majorité de la programmation, chez moi. Nous
continuerons ainsi – composer et enregistrer
lorsqu’on aura l’esprit à le faire.
De plus, nous sommes tous les deux pères de
famille, et cette façon de procéder rend
les choses plus simples - ce n’est pas idéal
d’avoir à partir plusieurs mois dans d’autres
pays pour enregistrer un album, alors que la famille
nous manque… Donc c’est mieux comme ça,
et puis, s’occuper de tout nous-mêmes nous
permet de garder le contrôle de A à Z.
"Terra" a été mixé par
Dan Swanö, célèbre pour son travail
avec nombre d’autres groupes metal. Comment êtes-vous
arrivés à cette collaboration ?
Mr
V: Century Media nous l’ont suggéré,
et nous avons trouvé que c’était
une très bonne idée car nous apprécions
tous les deux le travail de Dan en tant que producteur
et superviseur. Et il a fait un excellent travail de
mixage, nous espérons travailler de nouveau
avec lui par la suite.
Il
y a quelques mois, vous aviez lancé un appel à vos
fans concernant le design de vos futurs visuels. Comment
avez-vous finalement choisi vos visuels ?
Mr
V: En fait, notre requête concernait le design
de notre logo, et non des visuels. Nous avons reçu
pas mal de réponses et de nombreux graphismes.
Après réflexion, nous avons unifié notre
vision et sommes tombés d’accord sur un
qui nous paraissait parfait, que nous avons gardé.
La pochette a été conçue par quelqu’un
chez Century Media, Carsten, qui a réussi à créer
un design qui retranscrit parfaitement nos pensées,
nos émotions et notre musique.
Pensez-vous
que “Terra” est aussi une ode à vos
origines scandinaves ?
Mr
V: Non, ce n’est
pas une ode à nos
origines scandinaves, il s’agit davantage d’une ôde
aux régions arctiques et notre propre perception
des éléments qui l’occupent. Je
veux dire, alors que chaque parcelle de notre corps
peut crier : « reste en-dehors de cet endroit
gelé et hostile, qui va te tuer », l’Homme
a pourtant toujours été attiré par
son exploration. Mais il est possible qu’on discerne
nos origines scandinaves dans la musique, peut-être
qu’elle comporte quelques sonorités ethniques
? C’est un peu difficile à dire. La conquête
et l’exploration sont omniprésents dans
la musique et les paroles, et c’est ce que j’entends
lorsque j’écoute l’album.
Envisagez-vous de donner des concerts par la suite
? Et si oui, en tant que combo, ou aurez-vous des musiciens
de session ?
Mr
V: Cronian est et restera un projet studio. C’est
le lieu de résidence de nos différents
esprits musicaux. Les atmosphères froides et
cinématographiques représentent une part
importante de Cronian, et les choses resteront ainsi.
On ne sait pas de quoi est fait le futur, mais ça
me fait mal d’imaginer ce projet devenir un endroit
chaud et confortable.
"Terra" sortira
aux Etats-Unis au printemps – quelles
sont vos attentes par rapport au marché américain,
avez-vous déjà tourné là-bas
?
Mr
V: Nous avons tourné avec nos autres groupes
aux Etats-Unis, mais comme Cronian est un groupe de
studio, nous n’avons jamais donné de concerts – nous
n’avons même jamais répété une
seule fois. C’est difficile de définir
nos attentes par rapport à Cronian car tout
est encore nouveau, mais nous espérons que les
gens nous laisserons une chance – voire dix – car
l’album contient de très bons passages,
et plutôt originaux, d’après notre
point de vue.
Parallèlement à Cronian,
quelles sont les nouvelles en ce qui concerne vos
autres groupes
- Borknagar et Vintersorg ?
Mr
V: Nous enregistrons actuellement un nouvel album
de Vintersorg ainsi qu’un nouveau Borknagar.
De plus, je m’investis dans un projet solo :
Waterclime, à tendance rock prog et symphonique
des années 70. Nous sommes donc très
occupés musicalement, et nous avons même
commencé à composer de nouveaux morceaux
pour Cronian.
Avez-vous
quelques mots à ajouter
pour nos lecteurs ?
Mr
V: Prêtez attention à l’album – il
vous fera voyager, si vous vous concentrez sérieusement
dessus !