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Agalloch appartient à ce cercle (pas aussi réduit que
l’on aimerait le croire) de formations plutôt
incomprises, au talent confinant au génie et qui peine à se
tailler un nom. Admettons-le, pour attirer l’attention
sur soi, il faut user d’attitude grotesque, se donner
en spectacle et guignoler devant le monde entier. Et quitte à s’enfoncer
un crucifix dans l’orifice en invoquant une entité effrayante,
le ridicule fait mourir de rire mais ne tue malheureusement
pas. Et puis la loi du marché pardonne tout et sans
peine, même les pires déviances. Je vous accorde
tout de même que certains groupes parviennent, sans
l’aspect visuel, à forcer les barrages avec
un soutien promotionnel adapté et conséquent.
Je m’égare une fois de plus, incorrigible énervé que
je suis !
Donc, les américains pratiquent avec intelligence une
musique communément appelée dark metal. Ce qui
les différencie du troupeau est cette touche folk assez
prononcée qui émaille les compositions du groupe
depuis le début de leur carrière. "The
Mantle" avait frappé fort, les
alternances entre chant typiquement black et interventions
de chant clair
d’une pureté cristalline,
ces compositions ciselées dans les moindres détails
et cette recherche sans cesse renouvelée de la belle émotion
(mélancolie quand tu nous tiens !). Une aubaine de joie
pour tout fan de musique sombre, en somme. Aucun changement
tangible dans les perspectives d’Agalloch, ce "Ashes
Against The Grain" est conforme à ce qu’on
est en droit d’attendre d’une formation à la
résonance unique. Toujours cette expression si personnelle à la
saveur douce amer, fruit d’une rencontre improbable entre
In The Woods, Opeth époque "Still Life" et
Tenhi. Les mêmes arguments pour le même trouble
et bonheur des sens. Comme à l’accoutumé,
les morceaux sont d’une longueur supérieure au
format habituel et prennent le temps, tout en légèreté,
d’étendre un voile de mélancolie. De la
finesse dans l’exécution, de l’intelligence
au niveau des arrangements, des montées crescendo amenées
par des arpèges délicats, une richesse musicale
délectable, rien n’a été oublié pour
conduire l’auditeur le plus exigent à la satisfaction.
Si "Ashes Against The Grain" ne constitue pas une
surprise en soi, il faut bien concéder à ces
américains le fait d’être qualitativement
constant. Des albums comme autant d’agréables
voyages où l’ennui et d’autres sentiments
désagréables n’ont pas été invités.
L’objet de cette chronique ne fait évidemment
pas exception et me conforte une fois de plus dans cette opinion élogieuse
qu’est la mienne depuis l’écoute de "Pale
Folklore". Agalloch confirme donc son statut de formation
incontournable, un groupe qui mériterait, tout simplement,
bien plus de considération. (8/10)
Yann
SORTIE
: 08-08-06 |
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